Collectifs du Rhône pour un Nouveau Parti Anticapitaliste

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17 avril : Journée internationale des luttes paysannes PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 18 Avril 2020 19:34

L’occasion pour parler de l’Appel : Nourrir Lyon en temps de crise (et après)

Pour une marché d'intérêt métropolitain


A la suite de cet appel figure la déclaration de Via Campesina, mouvement mondial de paysanNEs
La Confédération paysanne fait partie des premiers signataires de cet appel, qu’elle demande de relayer massivement, appel à créer un Marché d'intérêt métropolitain dans le Grand Lyon pour augmenter son autonomie alimentaire.
D'un côté des paysans obligés de surgeler ou détruire leur production faute de débouchés ; de l'autre des consommateurs placés sur liste d'attente avant d'être approvisionnés par des AMAP ou autres filières courtes. La crise sanitaire et la fermeture des marchés ont mis en évidence la fragilité des liens entre l'agglomération lyonnaise et son bassin agricole, qui est pourtant l'un des plus riches de France. Pour sortir de cette aberration, une centaine d'acteurs de l'alimentation régionale demandent à David Kimelfeld de doter la Métropole, dont il est toujours président, d'un Marché d'intérêt Métropolitain.
« Appel : Nourrir Lyon, autrement, localement, solidairement

Alors que la crise sanitaire bouleverse la société toute entière, nous observons en tant qu'acteurs de l'alimentation durable lyonnais une crise alimentaire à laquelle il s'agit de répondre avec urgence, justice et solidarité. Cette crise peut nous donner l'opportunité d'améliorer l'autonomie alimentaire de notre territoire. Toutes les conditions sont réunies : d'un côté, la volonté de soutenir les producteurs locaux, accompagner le besoin de consommer des produits frais, sains et de qualité, et favoriser l'accessibilité alimentaire dans les espaces périphériques ; de l'autre, le besoin de trouver des moyens d'écouler en toute sécurité avec des modes de paiement adaptés la production agricole locale qui doit s'adapter face à l'arrêt brutal d'une bonne part de ses débouchés habituels.

D'une crise sanitaire à une crise agricole et alimentaire...

Le confinement et l'interdiction soudaine des marchés de plein vent ont considérablement bouleversé les options offertes aux lyonnais pour accéder à une alimentation durable, locale, saine, et de qualité. Si des initiatives ponctuelles et individuelles se mettent en place par le jeu des réseaux et des connaissances, de nombreux habitants (notamment des quartiers prioritaires de la politique de la ville, devenus de véritables déserts alimentaires) se trouvent dépourvus de tout accès aux produits frais. Les circuits d'aide alimentaire ont également été considérablement déstabilisés.
En parallèle, les producteurs locaux qui écoulaient leur production sur les marchés ou dans la restauration commerciale ou collective se retrouvent face à une situation paradoxale. Certains d'entre eux, déjà aguerris à la logique de circuits courts, ont rapidement mis en place des systèmes de vente directe et n'arrivent pas à répondre à une demande ultra-locale qui explose. Mais, pour d'autres, insérés dans des circuits plus longs et produisant à plus grande échelle, la réorganisation est beaucoup plus complexe : se pose alors la question de diminuer le niveau de production.
Nous risquons donc de connaître une grave crise agricole et alimentaire à partir des prochaines semaines si aucune mesure d'ampleur n'est prise rapidement. Cette crise aura des répercussions sur le long terme : disponibilité en nourriture de qualité pour tous, prix des denrées, maintien d'une agriculture durable sur notre territoire.

Une responsabilité à agir vite, collectivement

L'autonomie alimentaire du territoire métropolitain est inférieure à 5 %. On le mesure aujourd'hui, c'est par la valorisation des productions locales que l'on améliore la sécurité alimentaire d'un territoire et que l'on se donne les moyens de prévenir toute pénurie en situation de crise. La Métropole de Lyon a lancé le Projet Alimentaire Territoriale de Lyon (PATLY) en 2019, et souhaite porter l'autonomie alimentaire à 15 %. C'est un objectif ambitieux que nous partageons.
La chaîne de crises actuelles (climatique, sanitaire, alimentaire) nous donne une occasion unique d'atteindre rapidement cet objectif des 15 %, et nous met face à notre responsabilité collective de renforcer les capacités du territoire à surmonter les prochaines crises (fortement probables). Nous devons nous donner les moyens qu'aucune denrée, produite localement, ne se perde, au risque d'une pénurie et ainsi que de conséquences économiques et sociales prolongées considérables. Si des fermes font faillite, non seulement, la récolte 2020 sera perdue mais les suivantes ne pourront être considérées comme garanties.
Nous devons nous donner les moyens de lutter contre la fracture alimentaire entre les citoyens qui risque encore de s'accentuer avec l'explosion de la pauvreté et des inégalités. Au contraire, la lutte en faveur de la justice alimentaire peut être un levier de création d'emplois, de revenus et de solidarités.

Un Marché d'Intérêt Métropolitain au service du territoire

Jusqu'en 2006, nous disposions d'un Marché d'Intérêt National (MIN), le Marché Gare, qui aurait donné la possibilité aux collectivités de ré-orienter d'urgence et massivement les productions locales vers une consommation locale d'ampleur. Malheureusement, ce marché est désormais privé (Marché de gros Lyon-Corbas) et la puissance publique n'a plus de prise sur ses orientations stratégiques.
Nous proposons l'ouverture immédiate d'un Marché d'Intérêt Métropolitain (MIM). Ce MIM pourra prendre la forme d'une Société Coopérative d'Intérêt Collectif (SCIC) et s'inscrire dans le cadre règlementaire des Services d'Intérêt Économique Général (SIEG) − où seront associés des collectivités, des acteurs de l'alimentation durable, les producteurs et des consommateurs.
Il aura pour mission de garantir un débouché rémunérateur (prix minimum) aux productions de tous les agriculteurs locaux et d'organiser la distribution de ces produits. Il sera à la fois un outil d'incitation et d'aide à la conversion agro-écologique rapide des exploitations, de coordination de la logistique alimentaire et un outil de justice alimentaire. Enfin, il s'appuiera sur le terreau dense des multiples initiatives développées depuis une quinzaine d'années de vente directe (AMAP, commandes en ligne, groupements d'achat), de distribution alimentaire (épicerie, brasserie, etc.) et de lutte contre les inégalités et l'insécurité alimentaire.
Si des stocks de produits frais venaient à se constituer, le MIM se mettrait en relation avec des outils de transformation locaux (cuisines centrales, entreprises agro-alimentaires, etc.) pour assurer la transformation de ces denrées périssables non valorisées en frais. Ainsi elles pourront être écoulées dans le temps dans les cantines scolaires, la distribution classique et solidaire.
C'est dans un cadre collectif, coordonné et solidaire que nous pourrons répondre à la crise alimentaire et agricole tout en nourrissant les habitants de notre agglomération. Il est urgent d'agir et les solutions que nous apportons pourront contribuer à dessiner un nouveau cadre des échanges alimentaires sur notre territoire, en s'assurant de conserver localement la richesse produite. Ce qui est aligné avec les objectifs du PATLY.
Nous sommes conscients de la situation politique actuelle tout à fait exceptionnelle. Cela ne peut en aucun cas nous rendre attentistes ou freiner les initiatives. Tous les ingrédients d'une gestion intelligente de la crise alimentaire sont ici réunis. C'est pourquoi nous sollicitons la Métropole en tant qu'institution, ainsi que les têtes de listes candidates à sa présidence, à s'engager au plus vite à la création de ce Marché d'Intérêt Métropolitain qui pourra monter en puissance comme projet phare du prochain mandat. La première étape est de constituer d'urgence un comité de préfiguration du MIM. Nous sommes prêts à déployer toute notre énergie, mobiliser aux côtés des acteurs publics toutes les parties prenantes de la chaîne alimentaire au service de notre territoire. »
Premiers signataires et sur comment signer l’appel sur
https://rhone.confederationpaysanne.fr/actu.php?id=10085&PHPSESSID=cnsb7rnaao3ma4micco5b9tpk6

Déclaration de Via Campesina

« Le 17 avril, La Via Campesina commémore la Journée internationale des luttes (1) paysannes dans un contexte qui confirme une fois de plus le rôle historique de la paysannerie dans les sociétés et sa mission fondamentale de nourrir les peuples, même en temps de guerre, de fascisme, d’autoritarisme et de pandémies.
COVID-19 a paralysé le monde. Ce virus mortel expose la vulnérabilité du système alimentaire mondialisé actuel, dominé par l’agriculture industrielle, et les dangers qu’il représente pour toutes les formes de vie. Nous devrions tirer les leçons de cette crise et investir dans la construction de systèmes alimentaires locaux, résistants et diversifiés. Les États doivent commencer par mettre en œuvre la “souveraineté alimentaire” à travers une production agroécologique, rendue possible par des réformes agraires populaires. Encore une fois, les circonstances extraordinaires auxquelles l’humanité est confrontée aujourd’hui doivent obliger tous les pays à protéger et à garantir les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales, tels qu’ils sont énoncés dans la Déclaration des Nations Unies, approuvée en 2018 (UNDROP)

Construisons la solidarité !

Pendant la semaine du 17 avril, La Via Campesina continuera à exposer les dangers du capitalisme et ses conséquences dévastatrices – les crises politique, sociale, économique et sanitaire. La situation des classes ouvrières urbaines et rurales appauvries est devenue plus précaire avec la propagation de COVID-19 et les retombées économiques qui en découlent. Par conséquent, les peuples du monde doivent saisir ce moment et se battre pour construire une solidarité et des alliances de classe, entre les zones rurales et urbaines. Les alliances entre les secteurs vulnérables de la société, les petits producteurs d’aliments et les consommateurs sont indispensables pour promouvoir le commerce équitable et une alimentation saine. Pendant cette crise, nous devons dénoncer et exposer la politique expansionniste des sociétés transnationales, axée sur le profit.
Comme nous l’avons fait il y a 24 ans dans l’Eldorado dos Carajás, d’une seule voix de résistance et en maintenant vivante notre longue histoire de lutte – nous, les paysan·ne·s, les indigènes, les pasteurs, les pêcheurs, les travailleur·se·s agricoles, les migrant·e·s, les personnes racialement opprimées et la classe ouvrière organisée – dénonçons l’érosion de nos droits en tant que travailleur·se·s, de notre droit à la santé et à l’éducation. Nous nous rassemblons pour condamner la violence, la militarisation et l’oppression systématiques dont sont victimes nos peuples et l’érosion constante des principes démocratiques. Cette pandémie nous rappelle la nécessité de disposer de systèmes de santé publique solides, qui ont été systématiquement saccagés au fil des ans par certains gouvernements en faveur de la privatisation. Elle a également révélé le vrai visage des profiteurs – les entreprises agroalimentaires, les sociétés pharmaceutiques et autres sociétés transnationales à la recherche d’opportunités commerciales en ces temps difficiles.
Pendant ce temps, des millions d’entre nous – les petits producteur·trices·s alimentaires – continuent à produire des aliments et à nourrir la population, garantissant l’approvisionnement alimentaire national et la souveraineté alimentaire. Nous continuons à le faire, même en quarantaine, dans un contexte de frontières fermées, de couvre-feu, en respectant la biodiversité et par une production agroécologique. Nous faisons de la vie de notre sol et de notre mère terre notre priorité et nous nous engageons dans des petits marchés paysans plus justes, fondés sur la solidarité et la réciprocité et exempts de tout empoisonnement ou spéculation.

Covid-19 : paysan·ne·s, migrant·e·s et travailleur·se·s ruraux en danger

En tant que La Via Campesina, nous sommes préoccupés par la condition des travailleur·se·s agricoles et migrant·e·s, qui travaillent dans des conditions précaires et n’ont pas un accès adéquat aux soins de santé ni aux mesures de sécurité appropriées. Les membres de La Via Campesina en Asie, en Afrique, en Europe et en Amérique demandent à leurs gouvernements de répondre rapidement et de manière responsable aux besoins de la grande majorité et de ne pas se contenter de « stimuler les capitalistes du coronavirus ». Nous ne voulons pas de mesures économiques qui profitent aux élites comme elles l’ont fait dans le passé en renflouant les banques et les entreprises pour « sauver l’économie ». Nous demandons justice pour la paysannerie et les secteurs opprimés du monde. En ce 17 avril 2020, nous appelons nos membres et alliés à être vigilant·e·s contre toutes sortes d’opportunisme dans cette crise globale.

Nous appelons à des mobilisations créatives !

 

Un moment de crise comme celui-ci révèle l’importance de nos relations mutuelles en tant qu’êtres humains. Nous sommes beaucoup plus interconnectés les uns avec les autres que ce système économique brutal ne nous le laisse croire. Cependant, pour protéger la santé et l’intégrité de nos membres, amis et alliés, nous ne lançons pas d’appel à l’occupation des terres, aux marches de masse, aux discussions publiques, aux forums publics ou aux projections de films ce 17 avril 2020 MAIS :
Restez plutôt chez vous, mais promettez de ne pas garder le silence. Le moment est venu de mener des luttes créatives à partir des limites de nos fermes et de nos maisons.
Transformons les fenêtres, les terrasses, les jardins et les champs en nos places de manifestation, transformons nos casseroles en tambours de résistance.
Faisons nos bannières de dénonciation ! Laissons nos murs parler et montrer notre force et notre résistance dans ce scénario de crise et d’hégémonie capitaliste.
Construisons la solidarité et réfléchissons à la manière de partager avec la communauté, le voisinage ou les amis et à la manière d’aider les personnes les plus vulnérables.
Engageons-nous à consommer la nourriture des coopératives et des communautés paysannes locales, et non des transnationales ! Allez sur les marchés locaux, achetez directement au producteur et dans les magasins de votre quartier et faites la promotion des valeurs humanistes.
Soyez notre communicateur et utilisez les réseaux sociaux ! Faites des vidéos, des photos ou des reportages audio pour faire savoir que la même lutte et la même résistance nous unissent dans tous les coins du monde ! Nous sommes dans le même bateau, ensemble !


Envoyez-les à  Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.  pour qu’elles soient publiées dans nos médias.
Suggestions de Hashtags :
#RestezChezVousMaisPasEnSilence
#17Avril2020
#DroitsPaysansMaintenant
(1) Le 17 avril 1996, des membres du Mouvement des travailleurs sans terre (MST) ont été abattus par la police militaire de l’État du Pará en toute impunité. Cet incident a choqué le monde entier et a provoqué un ressentiment massif, en particulier dans les communautés rurales. La Via Campesina a répondu par des actions de solidarité et des demandes de justice, mobilisant les communautés paysannes non seulement au Brésil ou en Amérique latine mais dans le monde entier. Nous avons déclaré le 17 avril « Journée internationale des luttes paysannes » afin de garder vivante la résistance paysanne dans la mémoire. »
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